Mauvaises herbes? Comment s’en… accoutumer! 4


Lutter contre les mauvaises herbes, c’est un peu comme lutter contre les limaces, c’est un travail de longue haleine à renouveler sans cesse car c’est une lutte contre la nature… qui est bien plus persévérante que nous !
Outre le fait que l’on s’engage dans un combat sans fin, on s’engage surtout dans un combat contre la vie, contre cette vie qui tente de s’installer dans nos jardins, car ne vous fiez pas à leur appellation « mauvaise », les mauvaises herbes permettent l’ancrage de la vie, le début de tout un écosystème.

Mais au final, qu’est-ce qu’une mauvaise herbe ?
Une mauvaise herbe, ou adventice (*), c’est une plante qui pousse dans un endroit sans y avoir été intentionnellement installée, autrement dit, c’est une plante qui maitrise toutes les compétences de survie sauf celle d’apprendre à grandir dans le rang… Et doit-on systématiquement  l’éradiquer pour autant ? Bien sûr que non !

Cette épervière orangée (Hieracium aurantiacum) a poussé spontanément dans mon allée, dois-je pour autant arracher cette « mauvaise herbe » ? Bien sûr que non !

Les « mauvaises herbes » ont ceci de particulier qu’elles n’ont demandé à personne la permission pour pousser.
Ce sont simplement des graines qui étaient présentes dans le sol et qui se sont trouvées dans les bonnes conditions pour germer. Certaines sont là depuis des années, d’autres viennent d’arriver, parachutées par le vent ou emportées par les animaux ou l’eau. Quoiqu’il en soit, ces graines ont décidé de s’installer, avec ou sans votre consentement et c’est bien cela qui agace!
Pourtant, leur laisser une chance de s’installer donne de la vie à votre jardin et peut même vous réserver de belles surprises. Parfois, cette petite plante qui s’installe est une variété ornementale évadée d’un jardin voisin et bien décidée à illuminer le notre par sa floraison inattendue.
Le plus souvent, c’est une petite indigène qui s’établit dans nos plates-bandes, et mêmes si ses parents ne sont pas issus d’un catalogue de variétés horticoles, elle à tout autant le droit de s’installer dans nos jardins si ce n’est même plus ! Les sauvageonnes ont aussi leur mot à dire en critère de beauté. Leurs floraisons sont certes souvent plus discrètes (et encore), mais elles peuvent nous ravir de par leur palette de formes, de couleurs et de senteurs.  Une plante n’a pas besoin d’origine cultivée (et étrangère) pour être belle, des espèces sauvages et locales comme le compagnon rouge (Silene dioica), le lamier (Lamium spp.) ou le lierre terrestre (Glechoma hederacea) ne sont que quelques exemples de ce que la nature a à nous offrir.

Ce compagnon rouge (Silene dioica) donne de l’éclat au massif.

Laissez-les s’installer dans vos massifs ou votre pelouse si elles le souhaitent, elles vont ainsi égayer votre jardin et y apporter de la diversité.
Même les plus « banales » d’entre-elles vont apporter leur contribution, si ce n’est à votre regard, elles seront toujours appréciées par bon nombre d’habitants du jardin, particulièrement les insectes. Les plantes à fleurs (angiospermes) et les insectes ont évolué ensemble depuis leur apparition, se rendant mutuellement services (pollinisation, nourriture, abri,…), ils ont besoin l’un de l’autre.
La survie de certains insectes dépend même de la présence d’une telle plante en particulier tant ils se sont spécialisés au cours des siècles! Par exemple, vous ne verrez voleter dans votre jardin L’écaille du Séneçon (Tyria jacobaeae), papillon nocturne aussi appelé « goutte de sang », que si celui-ci y trouve du grand séneçon de Jacobée (Senecio jacobaea), ou à la rigueur le petit séneçon vulgaire (Senecio vulgaris).

Des plantes souvent mal aimées peuvent ainsi permettre l’arrivée d’une  multitude d’insectes qui leurs sont inféodés. Comme l’ortie (Urtica dioica et Urtica urens) qui à elle seule compte plus de 30 espèces d’insectes étroitement liées à sa présence dont, pour ne citer qu’eux, des papillons comme la Vanesse de l’ortie (Aglais urticae) ou le paon du jour (Aglais io), ou encore le magnifique charançon de l’ortie (Phyllobius urticae).

Ce séneçon, invité de mon allée, est pris d’assaut par des chenilles d’écaille du séneçon.

Apporter de la diversité végétale à votre jardin en laissant les « mauvaises herbes » s’installer apportera donc aussi de la diversité dans le monde animal qui le fréquente ; les insectes bien sûr, mais aussi les oiseaux et petits mammifères qui profiteront directement ou indirectement de cette manne nourricière.
Ainsi, de nombreuses adventices que l’on aurait tendance à arracher sans se poser de question font le régal des oiseaux de nos jardins ; par exemple, le plantain à large feuille (Plantago major) ou la renouée persicaire (Polygornum persicaria) nourriront de leurs graines bouvreuils, chardonnerets, verdiers, pinsons, linottes mélodieuses, et encore d’autres oiseaux indigènes.
D’ailleurs, le meilleur moyen de nourrir les oiseaux de votre jardin est d’y laisser pousser la flore spontanée car les oiseaux aussi ont coévolués avec les plantes et les insectes.
Voilà bien de bonnes raisons de laisser une place à ces mauvaises herbes porteuses de vie !

Plantains et soucis ont envahi ce secteur, leurs graines font le bonheur des oiseaux autant que le raisin de la vigne !

Il n’y a pas qu’à la vie de notre jardin que ces mauvaises herbes profitent.
Déjà, pour les jardiniers que nous sommes, accueillir les mauvaises herbes, et donc la vie, enrichit grandement la biodiversité de notre jardin. Et c’est cette biodiversité accrue qui va permettre à notre « écosystème jardin » d’atteindre un équilibre auxiliaires-ravageurs(*). Dans un jardin où la nature a sa place, ceux qui grignotent nos récoltes sont naturellement régulés par d’autres, limitant ainsi les pertes de nos cultures tout en  permettant à celles-ci d’être convenablement pollinisées par les insectes butineurs. Il y aura toujours bien sûr une « part pour la nature », mais elle le mérite bien au vu de tout ce qu’elle fait pour nous.

Ce bourdon n’aura pas loin à aller pour féconder mes futures tomates après s’être régalé du nectar de ce chardon.

Et ce que la nature fait pour nous avec ses mauvaises herbes ne s’arrête pas au jardin.
En effet, bon nombre de sauvageonnes qui s’incrustent dans nos espaces verts sont comestibles et/ou médicinales.
En apprenant à les (re)connaitre on peut bénéficier de leurs vertus en toute simplicité. Ainsi on peut se régaler d’orties (encore elle !), mais aussi de pissenlits, de pâquerettes,  de pourpiers sauvage, de cardamines des prés, de bourse-à-pasteur, de mourrons des oiseaux, de chénopodes blanc et de tant d’autres.
Bien sûr, on gardera les précautions de vigueurs en ne consommant ces plantes que si l’on est certain de leur identification et de leur utilisation. Car si certaines plantes de nos jardins sont bonnes pour nous, d’autres sont toxiques.

Certaines mauvaises herbes sont belles mais toxiques. Si vous ne craignez qu’une diarrhée en consommant du liseron, vous risquez bien pire si vous consommez la bryone dioïque.

Manger des plantes sauvages comestibles, c’est bénéficier de nutriments très riches en vitamines, oligo-éléments, antioxydants, enzymes, …  souvent bien plus qu’avec nos légumes. Rien que pour la vitamine C, en moyennes les plantes sauvages en sont 5 fois plus riches que les plantes cultivées.
En ajouter régulièrement à notre ration alimentaire nous permet de garder la forme !
Et lorsque l’on sait en plus les utiliser correctement en infusions, baumes ou autre préparations simples, le chemin de la pharmacie peut devenir un lointain souvenir.
Comme pour tout, on restera prudent et on évitera les excès, surtout quand on n’est pas habitué à consommer des plantes « sauvages ». Pour ne pas jouer les apprentis sorcier, renseignez-vous bien sur les plantes que vous comptez consommer/utiliser, apprenez à bien les connaitre avant tout.

Il n’y a pas que cette abeille qui peu profiter de cette mauve (Malva sylvatica). En effet, outre qu’elle soit belle, cette adventice est aussi comestible, cosmétique et médicinale.

Apprendre à connaitre les mauvaises herbes de son jardin, c’est aussi apprendre à mieux connaitre son jardin lui-même car ces plantes ont beaucoup de choses à nous dire notamment sur la santé de notre sol, elles sont bio-indicatrices.
Non seulement elles nous tiennent informés de l’état de notre sol mais en plus elles remédient aux déséquilibres que celui-ci peut avoir. La nature est comme ça, elle n’aime pas les déséquilibres et tend toujours à  les corriger.
Ainsi, les plantes qui germent spontanément dans un sol trop compacté, comme la renoncule rampante (Ranunculus repens) ou le chardon commun (Cirsium arvense) ont la plupart du temps un système racinaire performant pour traverser ce sol et ainsi l’ameublir. Celles qui germent dans un sol peu stable et qui s’érode facilement, comme le mouron rouge (Anagallis arvensis) ou le pâturin annuel (Poa annua), auront plus un système de racines très dense et ramifié retenant ce sol fuyard. Et ainsi de suite…

La racine de ce pissenlit décompacte le sol sur lequel il pousse.

Même si il n’y a rien à corriger, les mauvaises herbes vont travailler le sol à notre place grâce à l’action mécanique de leur système racinaire. Elles vont l’ameublir (ou le retenir) et permettre une meilleure infiltration (ou retenue) de l’eau et de l’air.
Ajoutez-y l’activité des organismes vivants du sol (du ver-de-terre aux bactéries)  et quelques apports supplémentaires de matière organique en mulch et vous verrez vite que la bèche n’a que très peu d’intérêt lorsque l’on jardine avec la nature.

De part leur feuillage, les mauvaises herbes vont de surcroît protéger le sol et, lorsqu’elles seront en fin de vie, lui offrir un apport de matière organique agissant ainsi comme un mulch complet. Après tout, je vous le dit souvent, le meilleur mulch est un mulch vivant. Si l’on pense alors aux engrais verts (*), rappelons que le meilleur engrais vert est celui constitué par les adventices.
Et cela va même plus loin, avant de nous offrir cette matière organique à leur mort, les mauvaises herbes vont enrichir le sol de leur vivant. Leurs racines permettent en effet le développement du réseau mycorhizien, ce réseau souterrain où les champignons (myco) et les racines (rhize) font du trafic de nutriments.
L’activité de la rhizosphère augmente aussi avec tout ce volume de racines vivantes laissé dans le sol, et la rhizosphère, c’est la zone toute proche de l’extrémité des racines où toute une micro-vie (bactéries, champignons, protozoaires, …) fourmille en interaction avec le sol et les plantes.
Et c’est toute cette vie et ces interactions qui vont offrir à nos plantes cultivées un sol où les conditions de vie sont optimales.

Voici un potager connecté à la vie, les adventices y ont leur place et leur utilité !

Bien sûr, je ne dis pas qu’il faut se laisser envahir par les mauvaises herbes, mais il faut apprendre à être indulgent. Allez y en douceur selon votre seuil de tolérance et essayez d’élargir celui-ci (ou celui de vos proches) petit à petit.
Vos rosiers n’ont pas besoin d’un mètre carré de vide autour d’eux pour bien se développer, laissez les petites adventices s’installer dans ces espaces vacants, ce ne sont pas elles qui vont concurrencer vos arbustes.
Plutôt que de désherber consciencieusement votre potager avant de le laisser plusieurs mois sans culture, laissez ces fameuses mauvaises herbes s’y installer, il sera encore temps de les faucher quand vous aurez besoin de la place.
Votre allée en graviers qui vous prend tellement de temps à désherber chaque année peut très bien devenir une allée enherbée. Laissez-y pousser des petites adventices couvre-sol comme le trèfle blanc (Trifolium repens), les oxalis (Oxalis corniculata et O.acetosella) ou encore le mouron des oiseaux (Stellaria media).  Si le passage y est assez fréquent, la végétation se contrôlera d’elle-même.

Massif où cohabitent plantes horticoles (magnolia, tulipes, narcisses,…) et sauvageonnes (orties, aconit, lamiers, mauves, …).

Au fur et à mesure que vous apprendrez à les connaitre et à les tolérer, vous verrez d’un nouvel œil ces plantes autrefois indésirables et saurez quand intervenir si jamais elles deviennent gênantes pour les autres cultures, quelles soient ornementales ou potagères.  Avec le temps, vous saurez reconnaitre dès la plus jeune pousse celles que vous pouvez laisser en toute quiétude ou celles qui ne sont vraiment pas compatibles avec vos exigences.  Mais plutôt que de vouloir les éradiquer à tous prix, vous apprendrez à cohabiter avec vos mauvaises herbes en les contrôlant.
Mais comment faire ?

Afin d’accueillir convenablement la nature chez vous réservez un coin sauvage pour les adventices dans le fond de votre jardin, même tout petit. Installé près de votre potager, ce coin dédié aux « mauvaises herbes » vous apportera toute l’assistance de la nature pour vos cultures.
Vous n’y interviendrez que pour un fauchage annuel idéalement au début du printemps, laissant ainsi foison de tiges sèches qui serviront ainsi d’abris pour les occupants du jardin en hiver. Ce fauchage à surtout pour but d’éliminer les arbres (érables, saules,…) qui pourraient sinon s’installer rapidement.

Cet espace du jardin réservé aux adventices est un véritable concentré de biodiversité dont bénéficient les cultures situées juste à côté.

Dans vos massifs,  ne laissez pas le sol nu, la nature déteste le vide et aura vite fait de le combler avec des semis spontanés. Le fait de planter serré, de mulcher convenablement vos parterres et d’installer des plantes couvre sol entre vos vivaces vous préservera de l’envahissement.

Lorsque vous devez désherber au milieu d’un parterre, plutôt que d’arracher l’indésirable, coupez-la en laissant ses racines se décomposer dans le sol et déposez le reste sous le mulch en place, ainsi elle servira encore pour créer un sol vivant. Pour être efficace, coupez au milieu du collet racinaire, de cette façon, même si elle repousse, elle finira par s’affaiblir et ne présentera plus une grande menace pour les cultures voisines. Je parle ici des petites adventices, les indésirables plus coriaces comme l’ortie devront être arrachées racines comprises aux endroits où vous ne voulez pas d’elles.
Vous devrez désherber vos parterres principalement au moment de leur création, le temps que les vivaces que vous avez installées se mettent en place (1 à 2 ans). Par la suite, vos plantes seront suffisamment robustes et ne craindront plus la concurrence de la majorité des adventices, il vous faudra juste surveiller l’apparition des vraies indésirables, celles qui pourraient compromettre votre parterre (un noisetier qui se développe au milieu des hémérocalles), la survie de vos plantes (un liseron qui étouffe les glaïeuls) ou que vous ne tolérez simplement pas (les plantes invasives(*) pour ma part).

La nature déteste le vide, lui en offrir est lui laisser l’occasion d’y laisser pousser ce qu’elle veut… ici, la végétation dense faites de plantes horticoles et d’adventices sélectionnées empêche l’arrivée de « mauvaises » herbes.

Le potager est un massif particulier puisqu’il ne contient que peu de vivaces et à besoin d’apports plus fréquent vu qu’on exporte de la matière (rappelez-vous : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme).
Le mulch, outre ses autres fonctions indispensables au potager, vous y sera indispensable pour couvrir votre sol contrairement aux plantes couvre-sol qui seront ici gênantes (et encore…).
De la même manière que pour les parterres ornementaux, il vous faudra désherber autour des jeunes plants le temps de leur implantation, la différence étant que nous sommes ici sur des périodes plus courtes et plus répétitives.
Si  pour la plupart des semis le sol doit être exempt d’adventices (et pour ce faire, pensez à la technique du faux-semis(*)), autour des légumes repiqués et de ceux déjà installés  la tolérance peut être bien plus large. Tant que les invitées spontanées du potager ne dominent pas les légumes qui y poussent, elles peuvent très bien cohabiter pacifiquement et être laissées sur place tant qu’on n’a pas besoin de celle-ci. Le moment venu, on libérera l’endroit en coupant les indésirables (toujours en laissant les racines dans le sol) qui seront alors incorporées au mulch. Les adventices sont alors considérées comme des engrais vert et non plus des mauvaises herbes…

Tant qu’elles ne gênent pas le développement des légumes, les adventices servent de mulch vivant.

Votre pelouse peut aussi accueillir les mauvaises herbes et passer ainsi de désert biologique à milieu plein de vies, je vous en parle plus longuement dans mon article « gazon maudit« .

Dans tous les cas, si vous ne voulez plus voir une plante chez vous, intervenez avant qu’elle ne soit en graine pour limiter au maximum sa propagation.

votre pelouse peut s’embellir de mauvaises herbes (ici lamier pourpre).

Si vous devez désherber une large zone, pour la création d’un nouveau massif ou d’une planche de culture, le plus simple est de laissez faire la nature. Placez une couche de carton (brun, sans encre ni scotch, agrafes,…) sur l’espace voulu après avoir passé la tondeuse ou un coup de faux et recouvrez cette couche avec 20 cm minimum de matière organique carbonée (paille, feuilles mortes, foin…). Patientez ensuite quelques semaines à quelques mois selon les cas (type de sol, type de végétation, période de l’année,…). Mauvaise nouvelle pour ceux dont la zone est occupée par des plantes plus « coriaces » comme les orties ou les ronces, dans ce cas, il faudra préalablement bien arracher le tout, y compris (et surtout) les racines… Par la suite, ces adventices rebelles risquent encore de passer la couche de carton et de mulch, mais elles seront affaiblies, il vous faudra encore du courage et de la persévérance, mais vous en viendrez à bout.
Si cette zone a pour but la création d’un pré fleuri (ou autre culture sur sol maigre) ou tout autre chose qui ne nécessite pas un ameublissement et enrichissement du sol, la couche de carton seule suffit ou à la rigueur une
grande bâche opaque. Le désherbage se fera tout simplement par occultation de la lumière car une plante qui ne reçoit pas cette ressource précieuse finit pour mourir, tout simplement.

Pour désherber et préparer le sol pour un nouveau massif, l’occultation par le carton et le mulch restent la solution la plus facile et naturelle.

Concernant vos chemins et allées, la tolérance aux mauvaises herbes dépend de leur structure et de leur état.

Un chemin en béton par exemple, ne craint pas grand-chose face aux adventices quand le béton est jeune. Quand il vieilli et commence à se fissurer, il peut devenir la proie de sauvageonnes comme les fétuques ou autres petites graminées dont le système racinaire va s’insinuer dans ses fissures et amplifier sa dégradation. Il faudra donc intervenir et déraciner ces petites intruses. De même pour tout ce qui est dalles et carrelages. Si le revêtement est neuf, le risque est surtout pour vous si vous y laisser s’installer de la mousse ou de petites algues qui rendent le sol glissant.
Une cours en pavés ou en clinkers peut aussi s’abimer plus rapidement à cause du développement des racines dans les interstices. De même pour toutes les structures en dur comme les escaliers.
Pour préserver vos accès en dur de l’érosion du temps (et de la glissade), il est donc bon de les désherber au moins une fois par an, particulièrement bien dans les jointures. Pour ce faire, vous pouvez utiliser une brosse de rue (voir une brosse plus costaude) pour les adventices à enracinement superficiel et un couteau de jardin pour les plantes aux racines plus profonde et entre les jointures.

Á moins qu’il ne soit fissuré, votre chemin en béton ne craint pas les adventices qui le recouvrent.

Une  allée en graviers, pouzzolane, et autres revêtements meubles, se verra plus vite envahie si l’épaisseur de pierres est faible, les racines des adventices atteignant plus rapidement le sol. À contrario, ce support devient moins praticable si on met une couche de cailloux trop importante. L’installation de mauvaises herbes ne portera pas préjudices au gravier mais risque d’abimer la sous-couche de géotextile s’il y en a une et va surtout, in fine,  permettre la formation d’un sol entre les pierres et donc une colonisation plus rapide de la zone par d’autres plantes. Ici aussi un désherbage annuel sera nécessaire si vous voulez conserver votre allée en état. Ce désherbage se fera avec un râteau et une griffe de jardin pour les plus tenaces. Maintenant, vous pouvez aussi abandonner à la colonisation végétale une zone de votre gravier qui ne sert plus de passage depuis longtemps.

Pour toutes ces surfaces dures (ou semi-dures), contrairement aux plates-bandes et autres parcelles cultivées, on ne doit pas y créer de sol vivant. Les plantes y seront donc arrachées (et non pas coupées) avant d’être exportées dans le compost ou avec le mulch.

La zone sous ce tamaris n’est plus praticable pour nous, j’y laisse se développer la linaire et d’autres adventices qui créent du sol, le parterre va ainsi s’étendre naturellement.

Concernant les autres alternatives que le désherbage mécanique ; bannissez tous les produits visant à désherber, mêmes les produits soi-disant naturels et inoffensifs, ils sont dans tous les cas nocifs pour votre sol et pour les eaux souterraines. Pour en savoir plus, je vous invite à lire « la bouillie borderline de Bébert »concernant l’utilisation des produits dits « naturels » ou « bio ».
Les eaux de cuissons (non salées) peuvent à la rigueur servir pour ébouillanter les indésirables sans faire trop de dégâts à la vie du sol, mais généralement, le temps du trajet entre la cuisine et la zone à traiter, elles ne sont plus assez chaude que pour être encore efficaces.
Enfin, les brûleurs thermiques ne détruisent pas non plus trop la vie du sol. Mais, s’ils sont généralement efficaces sur les petites adventices faciles à déraciner, ils sont nettement moins performant avec celles ayant de bonnes racines pivotantes. De plus, ils sont énergivores et leur utilisation prends du temps, je vais bien plus vite avec un râteau pour désherber mon allée en gravier qu’avec un brûleur et ce, avec un résultat immédiat. Une plante brûlée mettre quelques jours à dépérir et elle va le faire sur place, donnant de la matière organique pour créer du sol, ce qui n’est pas ce que l’on souhaite, il faudra donc quand même ratisser après…

Laissez-vous séduire par ces mauvaises herbes et recréer de véritables tableaux sauvages dans votre jardin !

En conclusion, plutôt que de passer votre vie à désherber votre jardin, apprenez à être plus tolérant, vous gagnerez ainsi du temps pour en profiter!
Et lorsqu’il faudra vous mettre à la tâche de désherbage (et oui, il faudra toujours un minimum), plutôt que de la voir comme une corvée, dites-vous que ce moment est aussi efficace qu’une séance à la salle de sport. Joignez aussi l’utile à l’agréable (ou l’utile à l’encore plus utile) et profitez en pour faire la récolte de votre souper (ce soir soupe aux orties !) ou mettez-y à contribution la famille sous forme de défis (le premier qui a fini son coin ou quizz sur les adventices).

Faites germer votre âme de jardinier et votre curiosité de la nature !

Votre coach, Harmony.

PS : Je vous propose tout au long de l’année des ateliers à Marneffe (entre Waremme et Huy) sur l’ortie, le jardinage au naturel ou les bienfaits des plantes, n’hésitez plus à vous y inscrire si vous êtes intéressés.


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4 commentaires sur “Mauvaises herbes? Comment s’en… accoutumer!

  • Agnes

    merci pour toutes ces bonnes idées.
    une question, j’ai une cour goudronnée, dans la partie la plus à l’ombre la mousse commence à s’installer, quelle méthode est la plus efficace pour l’enlever et surtout l’empêcher de revenir.

    • Harmony Auteur de l’article

      Bonjour,
      pour la cour goudronnée, il faut procéder de même que pour le béton, avec une brosse à poils durs ou au jet d’eau haute pression.
      il n’existe hélas aucun produit naturel et sans danger pour l’environnement pour empêcher sa repousse.
      Si le nettoyage à la brosse est trop difficile, vous pouvez à la rigueur utiliser du bicarbonate de soude (2 cuillère à soupe pour 1 litre d’eau chaude). Appliquez sur votre terrasse et laissez agir 30 minutes. Puis frottez au balai-brosse et rincez à l’eau. Un mélange d’eau chaude avec un peu de liquide vaisselle et de savon noir peut aussi convenir, laissez alors agir une demi-journée avant de brosser.

  • Véronique Rahier

    bonjour Harmony,
    pas un petit mot sur les ficaires, ces fausses renoncules ?
    elles ont tout envahi, se grimpent même l’une sur l’autre !
    alors je me dis : ‘ les pestes, dans quelques jours, vous ne serez plus là jusqu’à l’année prochaine ‘
    belle journée et merci !

    • Harmony Auteur de l’article

      Bonjour Véronique,

      pas un mot sur les ficaires effectivement, mais je ne pouvais pas parler de toutes les adventices à moins d’écrire un livre!
      Personnellement, je les aime bien ces ficaires fausses renoncule (Ficaria verna), elles ornent le pied des arbustes chez moi et recouvre le sol d’un tapis de fleurs jaunes en fin d’hiver apportant ainsi une précieuse nourriture aux butineuses précoces. Même si c’est une plante médicinale, on laissera son usage aux spécialistes car elle est aussi toxique (comme beaucoup de plantes médicinales, c’est la dose qui fait le poison). Enfin, même si elle est envahissante aux Etats-Unis où elle a été introduite, c’est bien une belle sauvageonne de chez nous qui a toute son utilité pour la biodiversité 😉