Bien choisir ses graines


Bien décidé à vous y mettre, vous avez franchi le seuil d’une jardinerie afin de vous procurer ces précieuses graines, sésame pour le début d’une belle aventure et la promesse de bons légumes à venir.
Fébrile devant ces joyeuses perspectives nourricières, Vous voilà maintenant devant le rayon tant convoité, lorsque soudain, votre vue se brouille, le sol se met à tourner sous vos pieds, vos mains deviennent moites… Serait-ce un début de grippe ?
Nul virus n’est ici responsable de votre état, celui-ci incombe à l’opulence du rayon qui se tient devant vous ! Rien ne vous avait préparé à un tel assortiment et vous voilà bien désemparé devant tant de choix à faire. Pas étonnant que vous en ayez le vertige.

Autant de choix, ça peut donner le vertige…

Vous qui veniez juste chercher des graines de carottes et de salades, vous vous retrouvez dans une situation bien compliquée devant tant d’informations inscrites sur les paquets, c’est à y perdre votre latin. Car oui, ils ont même osés mettre du latin sur certains paquets… alors, comment s’y retrouver ?

Commençons par décrypter ces informations. 
Il y a bien sûr le nom de la plante, et là déjà ça se complique.
C’est vrai ça, vous êtes venus chercher des carottes et d’un coup, vous avez l’impression d’être devant un catalogue d’agence de voyage… Carottes Nantaise, de Paris, de Tilques, d’Amsterdam, Du Doubs, de Milan,… Tous comptes fait, ce ne sont peut-être pas des destinations de city trip car aucune ville ne se nomme Dociva ou Gniff.
Et vous n’avez pas encore été voir du côté des salades…
Vous n’étiez vraiment pas préparé à autant de variétés. Et de variété il en est bien question car il en existe plusieurs pour chaque légume.  Ainsi sur le paquet, on trouve le nom du légume, c’est-à-dire son espèce (carotte), parfois indiqué aussi en latin (Daucus carota pour la carotte, le premier mot indiquant le genre, le deuxième précisant l’espèce) ainsi que sa variété, autrement dit sa « sous-espèce » issue de sélection naturelle ou plus artificielle, on parlera alors de cultivar.

Il faut savoir décrypter les étiquettes…

D’autres informations bien utiles se trouvent aussi sur les paquets de graines.
Notamment les périodes de semis et de récolte ainsi que, parfois, quelques conseils supplémentaires toujours bienvenus qui vous aideront dans la planification de votre potager. Vous y trouverez aussi la quantité de graines (le plus souvent en grammes), la date de péremption, la hauteur des pantes,… autant de précisions essentielles que vous saurez (normalement) décrypter sans trop de mal… revenons donc à nos variétés (quelle carotte choisir parmi tout cet étalage ?).

La première chose à laquelle il faut prêter attention est de savoir si on a affaire à une variété ancienne ou une variété F1.
Une variété ancienne ne veut pas dire qu’elle est vieille, d’ailleurs on parle aussi de variété « paysanne », « locale », « potagère » ou « de conservation », cela veut dire qu’elle est génétiquement fixée, que les plantes que l’on va obtenir avec vont correspondre à certains critères bien définis, avec toutefois quelques variations entre elles.
Une variété F1 est quand à elle une variété obtenue en croisant 2 variétés anciennes et dont la première génération va nous donner des plants très homogènes et souvent de meilleure vigueur car ils bénéficient de l’effet hétérosis du au croisement de leurs parents.
Que du bonheur me direz-vous ! Ruons-nous sur les F1 !
Surtout pas inconscient !
Ce serait tomber dans le piège des multinationales qui ont réussi à industrialiser les plantes. Car si le concept est vendeur (et c’est bien le but), sachez qu’en choisissant des graines F1 vous vous liez à vie à leur achat. En effet, la première génération de plantes issue de ces graines tiendra ses promesses, mais s’il vous venait  à l’idée d’en récolter les graines et d’ainsi en assurer une deuxième génération, vous allez être bien déçus puisque les variétés F1 sont instables dans leur descendance… Comme dit plus haut, c’est un concept vendeur…
De plus, ces variétés F1 ont été sélectionnées pour obtenir des résultats performants dans des conditions de cultures maîtrisées, pour ne pas dire industrielles. Et quoi de mieux que pour maitriser ces conditions que d’avoir recours aux produits phytosanitaires histoire d’être sûr qu’aucune contrariété ne viendra perturber le bon développement de ces plantes. Après tout, ce sont au final les mêmes firmes qui vendent les graines et les produits qui vont avec…
Contrairement aux F1, les variétés anciennes possèdent suffisamment de diversité dans leurs gènes que pour s’adapter aux « perturbations » de leur environnement et ainsi pouvoir mieux s’ajuster à des conditions de cultures plus naturelles, plus « artisanales ».
Si vous ne souhaitez pas tomber dans ce piège, évitez donc les graines F1 (dont la mention figure obligatoirement sur le paquet ou le plant) et privilégiez les variétés anciennes. Maintenant, si vous avez des graines de variété F1, ne les jetez pas non plus, elles ne vont pas « polluer » votre jardin si vous les y mettez, sauf si vous les laissez se ressemer…

Ne vous laissez pas tenter par les variétés F1.

Une fois cette sélection faite, il vous reste encore le choix d’une multitude de variétés.
Certaines sont de couleurs ou de formes différentes (carottes orange,  jaune, blanche, violette ou noire, ou bien encore carottes longues ou rondes), ou bien nuancées sur la saveur (plus ou moins sucrées), vous les choisirez selon votre goût ou votre envie du moment.
D’autres variétés peuvent être adaptées à certaines conditions de culture à la base moins favorables. Si on garde les carottes comme exemple, la plupart des variétés ne se plaisent que dans un sol plutôt léger, une vrai galère quand on a un sol lourd et argileux ! Mais en cherchant un peu, on trouve des variétés comme la carotte de Colmar ou la carotte de Flakkeese qui poussent en terrain « difficile, même argileux ». Pour les jardiniers débutants, sachez aussi qu’il existe des variétés réputées de culture facile, un petit coup de pouce pour vos préludes…

Il existe de nombreuses variétés de carottes de couleurs et de formes différentes.

Certaines variétés sont dites précoces (ou encore hâtives ou primeurs), alors que d’autres sont dites tardives (ou de conservation). Les premières mettront moins de temps pour effectuer leur cycle et seront donc récoltable plus tôt, mais elles se conserveront généralement moins bien et moins longtemps que les variétés plus « tardives ». Jouer avec différentes variétés (classiques, précoces et tardives) vous permet ainsi d’étaler la période de récolte et de dégustation.

Vous aurez aussi le choix pour certains légumes entre des variétés « d’hiver » ou des variétés « d’été » qui vous
permettent de diversifier vos périodes de culture.

Enfin, certaines variétés sont dites « fourragères », cela veut tout simplement dire qu’elles
sont plus adaptées à la consommation par du bétail que pour nos fins palais.

Comme vous pouvez le voir, le choix de la variété n’est pas anodin, mais ne paniquez pas non plus et  n’hésitez pas à tester différentes variétés afin de sélectionner par la suite celles qui vous plaisent le plus et surtout celles qui correspondent le mieux à vos conditions de culture.

Le choix de vos graines ne s’arrête pas à la variété. En effet, certaines graines sont vendues en ruban qu’il suffit de dérouler à même le sol. Si cela vous plait de payer une fortune vos semences pour gagner quelques précieuses secondes, pourquoi pas… chacun fait ce qu’il veut après tout.
D’autres encore sont vendues enrobées. C’est-à-dire qu’elles ont subi un processus d’enrobage dans un liquide argileux contenant parfois des éléments fertilisants, parfois quelques pesticides ou fongicides. Même si certaines de ces graines enrobées sont certifiées « Agriculture biologique » nous sommes bien loin d’un jardinage au naturel en les utilisant, inutile donc de vous dire que je vous déconseille toutes ces fioritures mercantiles.

Serait-ce une nouvelle variété de petits pois rose?
Non, ce sont des graines enrobées de pesticides, à bannir!

Enfin, pour prendre un bon départ, choisissez des graines qui sont issues de semenciers locaux.  En effet, vous aurez ainsi des graines qui ont été produites dans la même région et donc dans les mêmes conditions climatiques (voir de sol et autres) et qui y sont donc déjà habituées.
Inutile d’aller chercher des graines miracles qui viennent du Sud de la France si vous habitez en Belgique, le miracle n’aura pas lieu, ce ne sont pas des graines qui ont été acclimatées chez nous. Car oui, des plantes ça s’acclimate, les variétés anciennes s’adaptent à leurs conditions de culture et évoluent en fonction de celles-ci. Vous trouverez certainement  une jardinerie proche de chez vous qui produit ses propres semences.
Pour la Belgique, il existe deux principaux semenciers dont on peut commander les graines en ligne ou les retrouver dans certains commerces: Semailles à Faulx-Les-Tombes et  Cycle-en-terre à Havelange.
Vous trouverez même chez eux des variétés belges aux noms évocateurs comme la chicorée « wallonne », la tomate « verte de Huy » ou encore le poireau « de Liège ». Par contre, vous n’y trouverez aucune variété F1, ils respectent trop la conservation et la transmission de cet extraordinaire patrimoine que sont les semences potagères !

Choisissez le plus possible des variétés locales cultivées localement!

Une fois que vous aurez choisi vos précieuses semences, il ne vous restera plus qu’à les cultiver avec amour et à en récolter les fruits, mais aussi les graines si les variétés choisies initialement vous conviennent…
Et oui, récolter vos graines d’année en année, c’est la meilleure façon de produire vos propres variétés « du jardin » qui seront adaptées à vos conditions de culture (climat, exposition, sol,…) mais aussi à votre façon de jardiner ! Attention toutefois aux mauvaises surprises, certains légumes comme les courges ont tendances à s’hybrider entre eux et leur descendance risque de ne plus être comestible (cfr article « la multiplication des plantes »).

Récoltez vos graines, c’est la meilleure façon d’obtenir votre variété « jardin ».

Enfin, dernier conseil mais non des moindres, choisissez des plantes qui vous plaisent, car après tout, si on cultive son jardin, c’est avant tout pour se procurer du bonheur !
N’hésitez pas non plus à profiter de votre jardin pour partir à la découverte de nouvelles saveurs et tester des légumes qu’on ne trouve pas dans le commerce, comme le cyclanthère par exemple.
Le jardinage est une expérience qui se renouvelle continuellement, faites germer votre âme de jardinier !

Votre coach, Harmony.

PS: si vous voulez en apprendre plus sur le jardinage au naturel à mes côtés,  n’hésitez pas à aller voir ce que je propose comme ateliers à Marneffe (entre Liège et Namur).

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *