Les boucs émissaires du jardin : lierre grimpant, lichens et mousses.


Depuis la nuit des temps, l’humain attribue tous les maux qui l’affligent à de malheureux boucs émissaires. Après tout, il est tellement plus commode de faire endosser la responsabilité d’un malheur à un être totalement innocent dont la seule faute est d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment plutôt que d’en chercher le vrai responsable. Surtout si ce responsable est soi-même…
Trouver une victime à inculper devient même jubilatoire : la sacrifier sur l’hôtel de de l’expiation soulage instantanément les tensions et donne un sentiment immédiat de satisfaction : on a agi pour le bien de tous …

On en vient même à faire de véritables chasses aux sorcières pour résoudre un problème, c’est tellement plus simple que de se remettre en question.

Lierre grimpant, lichens et mousses, de parfait boucs émissaires…

Au jardin, c’est pareil. Depuis des lustres on accuse à tort certaines plantes de nuire aux autres. On les arrache sans même se poser la question de la signification de leur présence ni de ce qu’elles apportent de bénéfique. Elles sont systématiquement présentes là où d’autres plantes vont mal, ce sont donc elles les responsables, point barre ! C’est tellement ancré dans certaines mentalités que la plante reste coupable aux yeux de certains même si on vient de démontrer l’absolue absurdité d’une telle accusation…

Il est temps de revoir certains préjugés. Laissez moi vous présenter ici 3 de ces coupables désignés d’office dont le seul crime est d’être venus spontanément : le lierre grimpant, les mousses et les lichens.

Le lierre grimpant : Hedera helix.

Hedera helix

L’accusation :

On accuse le lierre grimpant d’étrangler les arbres sur lesquels ils poussent, de les ponctionner de leur sève tel un parasite ou bien encore de leur faire une concurrence déloyale en les privant d’eau, de nutriments et de lumière. Ces accusations perdurent depuis l’antiquité, lorsque de grands auteurs comme Théophraste et Pline l’ancien l’ont condamné à l’arrachage systématique par leur délation.

Les faits :

Contrairement à une idée reçue et trop bien ancrée, le lierre grimpant ne porte pas préjudices aux arbres auxquels il grimpe.

Il ne va jamais étrangler le tronc sur lequel il pousse pour chercher la lumière, il s’y accroche à l’aide de « ventouses » qui servent juste à se cramponner à son tuteur et grandit avec. Il ne s’enroule jamais autour, il file droit en direction du ciel.

Il ne parasite pas l’arbre en extrayant de la sève comme le fait le gui. Ses racines sont bel et bien ancrées dans le sol et prélèvent ce dont le lierre a besoin. Il possède également de petites racines aériennes, mais celles-ci sont des racines « adhérentes » qui ont perdu leur fonction première au profit d’un rôle d’accroche.
Il ne fait aucune concurrence à l’arbre en le privant de nutriments ou d’eau car il participe lui-même à la fertilité du sol (rien ne se perds…). La chute décalée des feuilles du lierre au printemps assure même un apport continu de nutriments aux arbres, c’est un excellent mulch.

Le lierre s’accroche grâce à des racines ventouses et ne s’enroule pas.

Il ne prive pas non plus l’arbre de lumière. Il pousse en direction du soleil le long du tronc et parfois jusqu’à la couronne sur les grosses branches porteuses, pas plus loin. La photosynthèse de l’arbre se déroule là où il y a les feuilles, sur les branches fines et sur les côtés de la couronne. Il suffit d’observer les arbres d’une forêt en hiver pour voir que le lierre se développe sous le feuillage. Ainsi, le lierre n’entre pas en concurrence avec l’arbre hôte pour la lumière.

La plaidoirie :

Le lierre ne veut aucun mal à l’arbre sur lequel il pousse: on ne tue pas son tuteur !

Contrairement à ce que l’on pense habituellement, le lierre va protéger son support et non pas lui porter préjudice !
Il grandit aves son arbre pilier et protège son tronc des intempéries en lui offrant une véritable couverture de protection contre le gel, la pluie, la grêle, le soleil,…
De plus, la quantité d’insectes, araignées et autres arthropodes que le lierre héberge offre une armée défensive contre les ravageurs qui voudraient s’en prendre à l’arbre, un véritable écosystème vertical !

La mauvaise idée :
Quand on arrache un lierre du tronc de l’arbre sur lequel il pousse, non seulement on lui retire cette protection bienvenue, mais en plus on arrache également une partie de l’écorce sur laquelle le lierre est fixé. L’arbre ainsi mutilé est alors exposé aux champignons, parasites et maladies ce qui peut lui être fatal, contrairement au lierre qu’on a arraché…

Sa masse de feuillage permet également à de nombreux oiseaux d’y nicher à l’abri des regards indiscrets. Les rouges-gorges, roitelets, troglodytes, fauvettes, merles, pigeons, tourterelles, … y trouveront un refuge bienvenu pour nidifier.

Quant à ses fleurs: parlons-en ! Elles passent souvent inaperçues tant elles sont discrètes, et pourtant les fleurs du lierre grimpant sont une source indispensable de nectar et pollen en automne. Elles fleurissent de septembre jusqu’en novembre, période charnière pour faire les dernières réserves avant l’hiver. Les fleurs du lierre diffusent cette odeur si particulière qui ameute les insectes butineurs de toutes sortes. On peut ainsi y voir des abeilles sociales ou solitaires (dont la magnifique collète de lierre –Colletes hederae – dont le cycle de vie est synchronisé à celui du lierre), des papillons comme le Vulcain, le Robert-le-Diable et la Belle-Dame, des guêpes et des frelons, des syrphes, …

Ils sont nombreux à apprécier butiner les fleurs du lierre …

Le lierre est une vraie manne nourricière pour le petit peuple du jardin ! En automne avec ses fleurs, et ensuite avec ses baies qu’il porte tout l’hiver. En effet, si celles-ci sont toxiques pour nous, elles sont fortement appréciées par de nombreux oiseaux qui apprécient sa richesse en lipides : mésanges, pinsons, rouges-gorges, geais, merles, grives, pigeons ramiers, …

Tous les habitants du jardin bénéficient avec le lierre d’un met de choix aux périodes les plus critiques ainsi que d’un formidable refuge où ils sont nombreux à venir s’y blottir et même installer leur nid.

Alors laissons grimper le lierre grimpant ! Laissons la vie s’y installer !

Le délit :

Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc et notre lierre grimpant commet parfois quelques exactions…

Lorsque l’arbre sur lequel il pousse devient malade ou dégénérescent, le poids du lierre aux prises avec le vent ou la neige peut précipiter sa chute. Le lierre devient dans ce cas complice du crime, mais il n’en est en rien l’instigateur. Ce n’est pas lui qui a provoqué la maladie ou la faiblesse de l’arbre, au pire, il l’aura dissimulé à nos regards. Certaines âmes sensibles diront même qu’au final, il ne fait qu’abréger les souffrances d’un être mourant…

S’il pousse sur un trop jeune arbre, le lierre l’empêchera de bien se développer en lui faisant plier l’échine sous son poids. On veillera donc à ne pas le laisser prendre d’assaut de jeunes arbres.

Si les conditions du sol sont mauvaises pour l’arbre qui y pousse, il peut y avoir une concurrence entre les racines du lierre et celles de l’arbre hôte. Mais là c’est plutôt une erreur de jardinier qui a planté son arbre au mauvais endroit dans un sol inadapté…

Lorsque le lierre couvre le sol, il le couvre trop bien et plus rien ne pousse… Ce qui réjouit les amateurs de jardins « propres » qui adorent faire pousser du lierre sur du géotextile en plastique, mais pas les amoureux de biodiversité. Résultat, une monoculture de lierre stérile presqu’aussi ennuyeuse qu’un gazon coupé à raz ! Mais une nouvelle fois, c’est plutôt le forfait du jardinier et non du lierre qui n’aurait jamais naturellement poussé sur ce genre de surface. Rappelons-nous qu’à la base le lierre est une plante d’ombre qui cherche à la fuir en grimpant sur de grands troncs.
Attention quand il s’invite dans votre parterre d’ombre et qu’il ne trouve rien sur lequel grimper, il peut alors rendre la vie dure à vos vivaces herbacées…

Le saviez-vous ?
Le lierre grimpant ne fleurit que s’il … grimpe ! Quand il prend de la hauteur, on voit ses feuilles qui changent et prennent une autre forme que celles de la base. Au sol, elles sont « palmatinervées » à 3 ou 5 lobes, tandis que sur les tiges en hauteur, elles deviennent ovales et entières. Les tiges les plus en hauteur captent mieux la lumière et se différencient des autres pour devenir des tiges florifères.

Les feuilles des tiges florifères sont différentes des autres feuilles du lierre.

Le lierre aime aussi grimper sur les murs et monuments. Si la surface est en bon état, il ne fera aucun dégât et offrira même une belle protection thermique. Mais il en est tout autre s’il réussit à s’insinuer dans une fissure ou sous la toiture. Si vous le laisser grimper sur votre maison, ne le faites que sur un mur en très bon état et contrôlez sa croissance pour ne pas qu’il arrive au toit.

Petite astuce :
Pour éviter d’arracher votre crépi ou vos joints quand vous arrachez du lierre d’un mur : une fois que la tige du lierre est brune, ses racines-crampons sont bien fixées sur leur support et le fait d’arracher la tige du mur est la garantie de voir les joints venir avec. Intervenez quand la tige est encore verte, elle se décolle bien plus facilement. Si vous n’avez pas été vigilants assez et qu’il vous faut intervenir quand le lierre est déjà bien fixé, il faut alors couper la tige gênante et attendre que le lierre soit bien mort avant de le décoller de sa surface sans risque pour celle-ci.

La cohabitation :

Le lierre est volontaire et il faudra souvent contrôler sa pousse pour éviter les désagréments comme un couvre sol trop dense ou des dégâts sur une habitation. Et tant qu’à devoir le couper, autant l’utiliser !

Et oui, bien que toxique, le lierre est également utile pour nous. On l’utilise pour éliminer une toux grasse ou sa cellulite, pour faire des couronnes ou des décorations de table, pour créer des liens (rituel de mariage celtique/druidique), …

Pour ma part, je vais régulièrement prélever les jeunes tiges qui prennent trop de hauteur sur ma maison et j’en fais de la lessive !
Je l’utilise aussi pour enrichir mon compost, tout simplement.

Ma future lessive…

Recette de la lessive au lierre :
Pour faire votre lessive avec du lierre, rien de plus simple ; cueillez +/- 3 grosses poignées de feuilles (+/- 50) et rincez-les. Coupez-les grossièrement et mettez-les dans un litre d’eau froide que vous mettez à chauffer jusqu’à ébullition. Maintenez le feu pour garder une légèrement ébullition pendant 15 minutes puis éteignez et laissez infuser toute la nuit. Filtrez ensuite votre préparation, votre lessive est prête ! Vous pourrez la conserver plusieurs semaines au frigo. Cette lessive conviendra pour le linge noir ou de couleur, mettez l’équivalent d’un verre pour une machine. Pour le linge blanc, rajoutez 1 ou 2 cuillères à soupe de percarbonate de soude dans le tambour.
Petite particularité de cette lessive, elle n’a pas d’odeur… le linge ne sent donc pas « le propre » en sortant de la machine. Cela ne veut pas dire que votre linge n’est pas propre, cela veut juste dire qu’il n’est pas plein de produits chimiques qui donne cette impression …

Le lierre, une plante qui a tout pour plaire !

Les lichens :

Lichens sur sarment de vigne.

L’accusation :

On accuse le lichen – ou plutôt les lichens, tant les espèces sont nombreuses – de dessécher les arbres sur lesquels ils poussent, de les parasiter, de les rendre malade voir de les tuer.

De manière plus subjective, on accuse aussi les lichens de nuire à l’esthétisme des branches sur lesquelles il pousse.

Les faits :

Le saviez-vous ?
Un lichen est un champignon qui vit en relation symbiotique avec des algues microscopiques. Le champignon fournit à ses partenaires eau, minéraux et protection contre le dessèchement en échange de sucres que les algues produisent par photosynthèse (*). Grâce à cette entraide, les lichens peuvent coloniser des milieux hostiles, pauvres en nutriments voire en eau ou fortement exposés au soleil. Des algues qui colonisent la terre ferme grâce à un champignon, encore une merveille de Dame Nature !

Le lichen n’est en rien une nuisance pour l’arbre sur lequel il pousse ! Tout comme le lierre, le lichen n’est pas un parasite, il ne se sert de l’arbre que comme support et ne pénètre en aucun cas dans ses tissus pour lui ponctionner son eau et l’assécher.
Et même s’il prélève parfois un peu d’éléments minéraux de l’eau qui ruisselle sur le tronc, sa croissance est tellement lente que cela ne risque pas de concurrencer l’arbre, même si celui-ci en est couvert. Les lichens présents sur une écorce vont même plutôt la protéger et lui donner un merveilleux cachet artistique coloré.

Lichens sur tronc mort.

Hélas, les vieilles réputations ont la vie dure et le lichen est souvent désigné comme le coupable idéal pour le dépérissement d’un arbre. Tout cela car il choisit de préférence les vieilles branches pour s’épanouir, voire les branches et troncs morts. Une écorce crevassée, inégale, étant un meilleur support qu’une écorce lisse et jeune.
C’est parce que l’arbre est vieux, affaibli ou mort que le lichen est présent dessus et non l’inverse. La présence de lichen permet d’ailleurs de repérer facilement en hiver les plus vieilles branches pour éventuellement les tailler afin de rajeunir l’arbre. Il peut également indiquer que l’arbre n’est pas en bonne santé car son exposition n’est pas idéale, ou tout simplement le sol sur lequel il est installé est inadapté.

Le lichen est donc un indic’, pas un coupable.

La plaidoirie :

Saviez-vous qu’avoir du lichen sur les branches de nos arbres et arbustes est un plus pour la biodiversité de nos jardins ?

Mésange bleue chassant entre les mousses et lichens de cette branche.

Outre le fait qu’ils ne gênent en rien l’arbre sur lequel ils poussent, ces « symbiotes » forment de petites anfractuosités qui servent d’abris à de petits insectes, acariens et autres petites bêtes. Il suffit d’observer une mésange s’affairer sur une branche pleine de lichens pour comprendre à quel point celui-ci peut devenir un garde-manger pour les oiseaux du jardin. Parfois c’est le lichen lui-même qui est au menu. Un vrai écosystème en miniature.

Inutile donc d’arracher le lichen de vos arbres ! Cela est même très mauvais pour vos plantes… Dans le désir d’avoir un jardin « propre », j’ai déjà rencontré des personnes qui arrachaient ces petites merveilles à l’aide d’une brosse en fer ! Et ce sous les conseils d’un employé de jardinerie…
Inutile de vous dire que les arbres ainsi nettoyés n’apprécient pas du tout le traitement ! En arrachant le lichen on abime l’écorce de l’arbre, ce qui lui est très préjudiciable puisque cette écorce est sa première protection, tout comme notre peau. Les dégâts causés peuvent même provoquer la mort de l’arbre.

Ce genre de conseil qui circule sur les réseaux est une hérésie ! D’autant plus que ce sont bien des lichens sur cette photo, pas de la mousse…

Vouloir s’en débarrasser n’a aucun sens, si ce n’est pour des raisons esthétiques. Et même là, c’est totalement ridicule ! Car si on s’approche de ces petits organismes, on peut alors observer toute la beauté de la nature en miniature.

Et ce n’est pas tout ! Les lichens sont considérés comme les sentinelles de l’air !
Ils purifient l’air en captant des particules en suspensions dans l’atmosphère : dépourvus de racines et de système vasculaire, les lichens absorbent eau et minéraux comme une éponge. L’eau de pluie et l’air pénètrent directement au sein de l’organisme, qui filtrent ainsi les poussières et fixent les polluants.
Les lichens sont également d’excellents bioindicateurs qui témoignent de la qualité de l’air. Certaines espèces tolèrent un environnement pollué tandis que d’autres ne poussent que si l’air est parfaitement pur. Un inventaire complet des lichens qui poussent à un endroit vous permettra d’évaluer la qualité de l’air que vous respirez sans recourir à des capteurs chimiques ou physiques.

La Nature est vraiment merveilleuse, vous ne trouvez pas ?

Le délit :

Le lichen offre à certains acariens ou insectes « ravageurs » de quoi se cacher sur nos arbres fruitiers.
Et c’est ici son seul tort.
Mais il offre autant de cachettes aux insectes auxiliaires qui nous débarrassent de ces ravageurs…
Alors au jardinier de choisir : aseptiser ses arbres à coup de chaux ou de cendres, ou privilégier la biodiversité et l’équilibre naturel…

La cohabitation :

Au lieu de vouloir les éradiquer, apprenez plutôt à observer ces magnifiques œuvres d’arts que sont les lichens.

Les lichens sont de véritables œuvres d’art de la Nature !

Pour les observer, il suffit de plisser les yeux ou de se munir d’un appareil photo et de zoomer. Observez les vieilles branches des arbres et arbustes, mais aussi les pierres ou encore votre vieux banc, partout sous nos yeux, la Nature a déposé de merveilleuses constructions à l’architecture psychédélique.

Les mousses :

Mousse sur vieille tige de sureau.

L’accusation :

Les mousses sont également mises au banc des accusés aux côtés des lichens concernant le dépérissement des arbres sur lesquelles elles poussent.

Elles ont en plus la réputation d’étouffer la pelouse et d’envahir les massifs ! Quel outrage !

Enfin, on accuse les mousses, comme les lichens, de dégrader les pierres et les monuments.

Les faits :

Le saviez-vous ?
Les mousses, ou bryophytes (du grec « bryos » : mousse et « phytos » : plante), sont des plantes primitives qui n’ont pas de système vasculaire et pas de racines, mais des rhizoïdes qui ne leur servent qu’à se fixer sur un support (contrairement à de vraies racines utiles à l’absorption de l’eau et des nutriments). Les mousses réalisent la photosynthèse comme l’immense majorité des autres végétaux.

Tout comme nos deux précédents boucs émissaires, la mousse utilise l’arbre uniquement comme un support. Et tout comme le lichen, elle affectionne particulièrement les vieux arbres à l’écorce rugueuse dont la croissance est ralentie pour pouvoir se fixer. Par conséquent, les mousses apprécient souvent les arbres en fin de vie ou qui dépérissent ce qui en fait des coupables tout désignés.

Les mousses apprécient les vieux troncs crevassés comme support,
tout comme les lichens.

Pour pousser, la mousse a besoin d’humidité, d’ombre et d’une terre relativement acide et surtout très tassée. Elle ne poussera donc qu’aux endroits où rien ou presque ne peut pousser sans faire de concurrence aux autres plantes.

Votre pelouse se fait envahir par la mousse ? C’est tout simplement parce que la zone où vous avez semer votre herbe est inadaptée pour des graminées (vous savez, les plantes qui constitue votre gazon et qui sont des plantes gourmandes, héliophiles et à l’enracinement profond). Votre gazon dépérit soit parce que la zone est trop à l’ombre, que le sol est trop tassé ou piétiné, qu’il est trop acide ou trop pauvre en nutriments ou même parce que vous tondez trop court, empêchant votre gazon de se nourrir correctement grâce à la photosynthèse.
Ce n’est pas la mousse qui tue votre gazon, ce sont les conditions dans lesquelles vous lui demandez de croître !
La mousse n’est ici coupable que de squatter un espace devenu libre.

La mauvaise idée :
Vouloir éliminer la mousse de votre pelouse avec des produits contenant du sulfate de fer.
C’est sûr, le sulfate de fer va détruire très rapidement la mousse, tout comme la vie du sol, vers de terre compris (vous savez, ceux qui passent leur temps à aérer et nourrir le sol). De plus, le sulfate de fer acidifie le sol. Il rend donc le terrain encore plus propice à l’apparition de mousses, vous allez donc amplifier son « invasion ».

Il en va de même dans vos massifs, si la mousse prospère aux détriments de vos plantes, c’est tout simplement car vos plantes ne sont pas adaptées à la zone où vous les avez installées…
Si la mousse supplante vos protégées dans les parterres, demandez-vous avant tout si vos plantes étaient bien adaptées à l’endroit de leur plantation et choisissez des plantes plus adéquates.
Les plantes adaptées à leur station n’auront normalement aucun problème à pousser au travers de la mousse après leur hivernage, mais surveillez tout de même leur émergence pour voir s’il ne faut pas les aider en retirant la mousse gênante.

Mon aspérule odorante (ici émergente) cohabite bien avec la mousse car elle est bien adaptée à cette zone d’ombre.

Quand au caractère destructeur de pierres de la mousse, il est tout à fait fondé ! Les mousses sont d’ailleurs des plantes pionnières qui colonisent une surface juste après les lichens, préparant le terrain pour d’autres végétaux : elles font partie de la pédogenèse, la création d’un sol. Donc oui, les mousses qui poussent sur vos pierres sont tranquillement occupée à en absorber les minéraux… Mais pour dissoudre l’abreuvoir en pierre rustique qui orne votre balcon, votre spirale aromatique ou le dallage de votre terrasse il faudra aux mousses et lichens plusieurs centaines d’années …

La plaidoirie :

Les mousses aussi sont des alliées de la biodiversité !
Elles habillent les vieux troncs de feuillages spongieux et les protègent ainsi des agressions de la météo.

Comme les lichens, les mousses se révèlent être des lieux d’hébergement pour bon nombre d’insectes et d’acariens. Des microcosmes de diversité, réservoirs de nourriture et garants d’équilibre au jardin. Les mousses servent également directement de nourriture aux petits êtres phytophages comme par exemple les chenilles de deux papillons : la Phalène rustique et la Lithosie aplatie.

Les mousses sont également un matériau de choix pour la confection de nids douillets aussi bien pour les oiseaux (Mésanges charbonnière et bleue, Orite à longue queue, Troglodyte mignon, Merle, Grive musicienne, Rouge-gorge…) que pour certains petits mammifères (mulots sylvestres, souris, belettes, écureuils, …)  ou même pour les insectes comme les bourdons qui réquisitionnent les nids de souris abandonnés et en apprécient le tapissage en mousse !

Pour faire son nid, ce troglodyte mignon n’a eu besoin que d’un peu de mousse et d’une vieille pantoufle…

À l’instar des lichens toujours, les mousses assainissent notre air et notre eau et sont aussi des témoins de leur qualité. Les surfaces recouvertes par les mousses ne sont pas à négliger quand à leur apport en oxygène via la photosynthèse. De plus, les mousses peuvent absorber, fixer et stabiliser les polluants de l’air et de l’eau comme les métaux lourds, les nitrates, les particules fines, les gaz toxiques. On appelle cela la bioaccumulation. Elles permettent aux scientifiques une « lecture » de la pollution et de l’évolution du climat sur de longues périodes grâce notamment aux sphaignes. Discrètement installées sur les vieilles pierres et autres surfaces inertes, elles apportent leur touche assainissante naturelle là où rien d’autre ne pousse !

Au jardin, les mousses embellissent les endroits ingrats où les autres plantes dépérissent, elles végétalisent spontanément les toits de nos cabanons, elles donnent du cachet aux vieilles pierres, elles adoucissent les murs et égayent nos poteries, … Pourquoi vouloir les détruire ?

Ne perdons pas le Nord !
On nous apprend souvent que pour retrouver son chemin quand on est perdu en forêt, il suffit de regarder de quel côté pousse la mousse sur le tronc des arbres pour trouver le Nord. Ne vous y fiez pas… La mousse s’implante préférentiellement sur les zones les plus humides et plutôt ombragées. Ces zones sont parfois au Nord, mais pas toujours …

Le délit :

Elle pousse là où on ne l’a pas invitée, ce qui fait d’elle une mauvaise herbe !?
Tout comme pour les autres adventices, apprenons à les tolérer et à ne les retirer que si c’est vraiment nécessaire.

Les bryophytes se reproduisent par spores contenus dans les sporanges.

La cohabitation :

Vous râlez parce que votre sacro-sainte pelouse est envahie de mousse ? Mais de quoi vous plaignez-vous ? La nature vous offre un tapis vert et douillet qui ne nécessite aucune tonte et même aucun entretien ! Pourquoi vous battre pour une pelouse qui ne veut pas pousser alors qu’il suffit de ne rien faire pour avoir un beau tapis de mousse ?
Patientez, laissez-lui le temps de prendre de l’ampleur, de s’installer correctement, et vous verrez que la Nature est meilleure jardinière que vous, qu’elle sait ce qu’elle fait quand elle vous propose de la mousse en lieu et place de l’herbe. L’inconvénient de ce gazon d’un autre genre ? Il dessèche en été, tout comme la pelouse qui estive. Et dès le retour de l’humidité, les bryophytes, même complètement dessiqués, se réhydratent et reprennent vite leur molletonneux naturel.

Petite astuce :
Vous pouvez « semer » de la mousse ; Faites sécher quelques mousses, puis broyez-les ! Saupoudrer ensuite cette « poudre » à l’endroit souhaité par temps sec et sans arrosage. Pour ensemencer des zones plus lisses ou verticales, mélangez la poudre avec un peu de yaourt nature et appliquerez le mélange au pinceau.

Tout comme pour les lichens, apprenez aussi à admirer ces petites merveilles de la Nature, prenez le temps de les regarder de près pour voir la beauté de ces paysages miniatures constitués de collines ou forêts parfois clairsemés d’étoiles ou de vaguelettes…

Ne sont-elles pas superbes les mousses qui ornent le toit de mon cabanon (et en filtre l’eau que je recueille) ?

Le verdict 

Avant de condamner sous la vindicte de la populace, apprenons à connaitre avant de détruire… Ces boucs émissaires que l’on veut occire ont beaucoup plus à nous apporter qu’à nous prendre.

Le lierre, les lichens, les mousses et les autres plantes qui poussent spontanément dans nos jardins sont des cadeaux de dame Nature !
Quand on la laisse faire, dame Nature vient nous aider à créer des jardins plus nourrissants et plus accueillants pour la vie sous toutes ses formes.
Elle rend nos jardins plus équilibrés aussi puisqu’elle va y attirer tous les auxiliaires de jardins, garants de la protection de nos cultures, et plus résilients puisqu’elle nous propose ce que la terre a de mieux à nous offrir à chaque endroit.
En invitant dame nature à s’exprimer dans nos jardins, on ouvre les portes à l’émerveillement, à la curiosité, à l’harmonie, à la découverte, au bonheur
Pour apprécier son art il suffit juste de le regarder avec un regard non formaté par des préjugés ancestraux qui nous ont persuadé qu’il faut aseptiser nos jardins pour qu’ils soient parfaits !

Laissons le lierre partir à l’assaut de nos grands arbres, laissons les mousses et les lichens auréoler de couleurs nos vieilles branches et nos vieilles pierres, laissons Dame Nature emplir nos jardins de sauvageonnes, et apprenons à les apprécier plutôt qu’à les éradiquer !

Votre coach,
Harmony

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