L’invasion des rats et autres rongeurs… 2


Aujourd’hui, il fait beau, vous vous êtes levé en forme et bien décidé à profiter de la journée ensoleillée pour jardiner.
Mais une fois dans votre potager, votre humeur rayonnante décline de façon drastique face à la vue insoutenable d’une série de trous bien alignés là où hier encore se dressait fièrement une belle ligne de poireaux prometteurs ! Dans un autre recoin, les semis qui commençaient à bien se développer sont maintenant recouverts d’une couche de terre et de pierres, preuve d’une activité de forage récente. Un peu plus loin c’est pire, on se croirait à Beyrouth tellement le sol est jonchés monticules de terre. Cela fait quelque temps que vous le suspectiez, mais maintenant le doute n’est plus permis : votre jardin est envahi de rongeurs et vos cultures en pâtissent. Alors certes, vous avez bien compris qu’il fallait partager votre jardin avec ses habitants, mais tout de même, ceux-ci sont totalement irrespectueux de votre travail et cela ne peut plus durer !

Ce n’est plus un jardin, on se croirait à Beyrouth!

Il faut bien l’avouer, quand on décide de jardiner avec la Nature et de rendre son jardin accueillant pour la faune indigène, on ne fait pas d’invitation sélective. Un paradis pour les oiseaux et les insectes le sera aussi pour d’autres animaux, y compris les rongeurs.

Un nouvel écosystème se met en place et il lui faut du temps pour s’équilibrer. Les premiers occupants du jardin seront souvent ceux que l’on considère comme « ravageurs » et ils arriveront par vagues successives avant leurs prédateurs qui maintiendront leur population à un seuil acceptable pour le jardinier que nous sommes. (Attention, la phrase qui suit est un gros cliché qui associe un type de ravageur avec un seul prédateur, or il faut plutôt y associer une armée de prédateurs qui agissent à différents niveaux) Les pucerons viendront avant les coccinelles, les limaces avant les hérissons, les rongeurs avant le renard, … Et là, vous comprenez tout de suite le problème : les prédateurs des campagnols et autres petits grignoteurs poilus de nos légumes ne sont pas toujours les bienvenus dans nos jardins ou ne les fréquentent pas forcément. Si une invasion de limaces et autres gluants peut à la longue se réguler naturellement, une population de rats qui s’établi dans votre jardin risque de devenir problématique si vous ne prenez pas vite des mesures appropriées.

Présentation des envahisseurs

Pour commencer, évitons de lancer une chasse aux sorcières prématurée. Les rongeurs ont leur place dans l’écosystème et tout ce qui fait des taupinières ou qui ressemble à une souris n’est pas spécialement nuisible, que du contraire !

Une taupe peut certes ruiner votre belle pelouse de ses monticules disgracieux, mais elle n’est en rien une menace pour vos plantes, c’est un mammifère insectivore fouisseur pas un rongeur. C’est donc une précieuse alliée qui va drainer votre terrain tout en dégustant les larves d’insectes, vers et limaces qu’elle croisera sur sa route sans toucher à la moindre racine.

Les taupinières peuvent ruiner votre pelouse, on peut se permettre d’inviter la taupe responsable à déménager avec des répulsifs mais en aucun cas essayer de la tuer, c’est une précieuse alliée au jardin!

De même la musaraigne, reconnaissable à son museau mobile pointu et garni de nombreuses vibrisses, n’est pas un rongeur mais bien un insectivore qui se régale de nombreux insectes et larves nuisibles au potager.
De plus la musaraigne est une espèce protégée tout comme le castor, les écureuils, les gliridés (loirs, lérots, muscardins, …) ou  le grand hamster qui eux sont bien des rongeurs, il est donc formellement interdit de les tuer ou détruire leur habitat.

Les campagnols :

Plusieurs espèces de campagnols se rencontrent en Belgique : Le campagnol agreste (Microtus agrestis), le campagnol des champs (Microtus arvalis), le campagnol roussâtre (Clethrionomys glareolus), le campagnol souterrain (Microtus subterraneus) et le campagnol terrestre (Arvicola terrestris).
La plupart de ces espèces ne fréquenteront pas vos jardins ou n’y feront que peu de dégâts, à l’exception du campagnol des champs et du campagnol terrestre si ils y pullulent.

Le campagnol des champs est une petite boule de poils brunâtre au ventre brun clair de 6 à 10 cm de long pour un poids de 15 à 35 gr avec une queue courte de 2 à 3 cm et aux petites oreilles cachées dans le pelage. Cet omnivore de petite taille mange surtout ce qui est en surface du sol (herbes, luzerne, céréales, racines et parfois des insectes). Il évite les prairies humides et les grandes herbes. On le remarque surtout par la présence de galeries dans l’herbe et celle de crottoirs contenant des crottes en forme de cylindres lisses.

Campagnol des champs.

Le campagnol terrestre appelé aussi « rat taupier », est sans aucun doute le rongeur dont la présence est la plus dommageable au jardin (avec le rat). C’est un animal de 12 à 15 cm de long pourvu d’une queue de 6 à 9 cm pour un poids compris entre 75 et 120 gr. Son pelage est brun foncé et ses oreilles sont petites et à peine visibles. Il vit dans un réseau de galeries fermées et se nourrit de plantes aquatiques et terrestres, surtout de racines et de bulbes. Les indices de sa présence sont l’existence de nombreuses galeries dans le sol et de taupinières dont la galerie part en oblique puis continue à l’horizontal (tandis qu’une taupinière bien conique dont la galerie est bien centrale et s’enfonce verticalement est celle d’une taupe, mais attention, le rat taupier peut réquisitionner l’habitat de la taupe), le collet des arbres rongés (il peut faire de gros dégâts dans un verger) et la présence d’amas de crottes en forme de cylindres.

Campagnol terrestre ou rat taupier.

Les mulots :

Deux espèces de mulots se rencontrent chez nous : Le mulot à collier (Apodemus flavicollis) et le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus). Seul ce dernier fréquentera les alentours de nos habitations s’il y a présence de végétation ligneuse.

Le mulot sylvestre et souvent confondu avec la souris, il se reconnait à son pelage fauve sur le dos et blanc sur le ventre, ses longues oreilles arrondies et ses grands yeux. Il est de petite taille (8 à 12 cm pour un poids de 15 à 30 gr) et possède une queue nue presque aussi longue que son corps (7 à 10 cm). Nocturne, Il creuse en général un terrier peu profond dans le sol des jardins et des champs mais peu aussi trouver refuge dans nos greniers ou dans des cavités existantes (trou dans un mur, nichoir, …). Il se nourrit de fruits, rhizomes, bulbes, bourgeons, champignons mais aussi d’insectes et de limaces. Il est surtout dommageable dans nos cultures de par sa manie de consommer et stocker les graines de céréales et de betteraves lors des semis ainsi que celle de nous piquer nos réserves alimentaires (graines, fruits, tubercules, …) pour les entreposer ailleurs.

Mulot sylvestre.

Les rats :

Trois espèces de rats se trouvent en Belgique : Le rat brun (Ratus norvegicus), le rat des moissons (Micromys minutus) et le rat noir (Rattus rattus).

De ces trois espèces, c’est le rat brun que l’on rencontrera le plus dans nos jardins (et nos habitations !). Aussi appelé surmulot, rat gris, rat d’égout ou encore rat d’eau, le rat brun est un rongeur au pelage hirsute brun fauve à noirâtre sur le dos et gris blanc sur le ventre. Il mesure entre 18 et 26 cm pour un poids de 200 à 500 gr et possède une longue queue écailleuse légèrement plus courte que le corps (16 à 20 cm). Ses oreilles sont rondes et couvertes de poils ras. Il vit dans les lieux humides et creuse des galeries où il passe ses journées. C’est un animal nocturne omnivore opportuniste qui peut provoquer de gros dégâts au niveau des cultures s’il y établit ses galeries mais aussi au niveau des habitations où il risque de grignoter les structures, canalisations ou les câbles ainsi que de voler et de contaminer la nourriture. On remarquera vite la présence de ses galeries dont le trou d’entrée peut être impressionnant tant par son diamètre que par la quantité de terre et de pierres évacuées à l’entrée ainsi que par la présence de ses crottes en forme de gélules ellipsoïdales, complètement lisses et arrondies des deux côtés, longues de 15 mm. Si vous en apercevez plusieurs en pleine journée, c’est qu’une colonie vous a bel et bien envahi.

Rat brun ou surmulot.

Les « rats d’eau » :

L’ondatra ou rat musqué (Ondatra zibethicus) et le myocastor ou ragondin (Myocastor coypus) sont deux gros rongeurs (50cm à 65cm pour un poids entre 500g et 2kg pour le rat musqué et de 60cm à 1m pour un poids entre 6 et 10 kg pour le ragondin) qui ont été introduits chez nous pour leur fourrures (évasions d’élevages et lâchés clandestins). Ils fréquentent les bords des cours d’eau, étangs et marais où ils creusent des terriers et provoquent parfois l’effondrement des berges. Ils se nourrissent principalement de plantes aquatiques mais ils peuvent aussi s’en prendre à nos cultures (surtout maïs et betterave), voler les graines des poules ou s’en prendre aux racines des arbres (rat musqué).
On pourrait les confondre avec le castor, mais leur queue est ronde et non plate et ils ne font pas de barrages (le rat musqué peut toutefois se construire des huttes).

Ragondin.

Les souris :

Seule la souris domestique (Mus domesticus) fréquente nos contrées.

Ce petit rongeur de 7 à 10 cm de long au pelage nuancé de gris et plus clair sur le ventre possède des oreilles et des yeux bien développés ainsi qu’une queue nue presque aussi longue que le corps (6 à 9 cm) pour un poids de 10 à 30 gr. Les souris fréquentent les endroits secs de nos habitations et nos dépendances où elles trouvent leur nourriture et laissent une odeur d’urine caractéristique. On remarquera sa présence par l’odeur, les restes de grignotages et les petites crottes de 5 mm de long, de petits « grains de riz » noirs dont un côté est pointu. Comme son nom l’indique, notre petite souris domestique ne fera pas de dégâts dans nos jardins mais bien dans nos maisons.

Souris domestique.

Lièvres et lapins :

Le lièvre brun (Lepus europaeus) et le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) ne sont pas des rongeurs mais bien des lagomorphes. Ce n’est pas pour autant qu’on a envie de les voir s’installer dans nos potagers. Mais revenons-en à nos rongeurs…

Comme toujours dans la nature, rien n’est tout blanc ni tout noir. La cohabitation avec des rongeurs peut très bien se passer tant que les bénéfices de leur présence équilibrent leurs dégâts et que leur population ne pullule pas de trop. Après tout, quelques campagnols des champs ou mulots sylvestre payeront les graines consommées en limaces dégustées. Mais il en va tout autre quand l’envahisseur est le campagnol terrestre ou le rat brun. Croyez-en mon expérience, ceux-là, mieux vaut ne pas trop les laisser s’installer dans nos jardins, même si leur frimousse vous fait fondre (et oui, tout le monde ne détale pas en voyant un rongeur).

N’a-t-il pas une belle frimousse ce rat taupier?

Comment faire pour éviter l’invasion ?

Je vous le disais plus haut, quand on aménage son jardin pour accueillir la nature, on le rend accueillant pour tous, même ceux qu’on ne veut pas voir… Et certains éléments attirent les rats et rats taupiers plus que d’autres : le compost, le travail sur sol vivant (non labour et mulching), les poules, les points d’eau, … Bref, mon jardin est un paradis pour tous, pour les rats aussi !
Je ne vais pas pour autant en faire un green de golf pour me débarrasser de ces intrus. D’autres solutions existent…

Ne pas les attirer

On commence par éliminer tout ce qui peut les attirer sans nuire à la biodiversité du jardin. Donc non, on ne va pas remplacer la mare par une piste de pétanque mais on va faire en sorte d’éviter la distribution de nourriture inutile.

Stockez vos graines dans des récipients correctement fermés (celles pour vos semis mais aussi et surtout celles pour nourrir vos volailles et autres animaux). Rien de tel que la bonne vieille poubelle à couvercle pour garder vos sacs de graines en lieux sûr.

Préférez les distributeurs de graines anti-nuisibles plutôt qu’une vieille casserole pour distribuer la pitance de vos gallinacées et distribuez les rations en petites quantités pour que les écuelles soient vides la nuit (ou alors rentrez-les en lieux sûr). Idem pour les mangeoires si vous nourrissez les oiseaux du jardin.

Fermez correctement vos poubelles.

Placez un grillage à maille fine sous votre compost. De même, placez un grillage sous vos bacs de cultures si ceux-ci sont assez haut pour que les racines aient assez de place (40 cm minimum).

Ratatouille prend ses aises dans la mangeoire. Rentrons-la la nuit pour éviter cela.

Attirer leurs prédateurs.

Le renard est un de nos plus grands prédateurs de rongeurs en tout genre, mais il est vrai qu’on n’a pas spécialement envie de l’attirer chez soi surtout quand on a un poulailler.

Le chat et le chien peuvent aussi être de bons prédateurs selon les races et leurs conditions de vie, mais, selon moi, ce n’est pas une raison suffisante pour en adopter un si vous n’en voulez pas. De plus, leur prédation pourrait aussi être dommageable pour le restant des hôtes du jardin. Les chats sont d’ailleurs particulièrement décriés pour leur impact sur la petite faune comme les oiseaux, les reptiles ou encore les amphibiens. Je vous écrirais sans doute un jour un article sur ce problème car il y a de nombreuses solutions pour diminuer la prédation de nos amis félins, mais pas aujourd’hui…

Votre chat peut s’avérer un redoutable prédateur.

La solution viendra plutôt du ciel avec les oiseaux. Les rapaces (buses, éperviers, faucons, hiboux, chouettes,… ) sont de bons prédateurs des rongeurs, mais aussi certains corvidés (pies et corbeaux) et le héron. Pour les attirer, plantez des arbres et des haies, installez des perchoirs et des nichoirs à rapaces.

D’autres alliés fréquentent nos jardins, il s’agit des belettes, fouines (attention à vos poules) et des hermines (véritables spécialistes anti-rongeurs car leur petite taille leur permet de les débusquer dans leur galeries). Même les hérissons s’autorisent l’un ou l’autre petit rongeur au menu ! Pour les accueillir installez un ou plusieurs tas de pierres (pour les belettes et les fouines), des tas de bois et de feuilles mortes (pour les hérissons qui vous débarrasseront également de nombreuses limaces), ainsi qu’éventuellement des abris spécifiques pour ces différentes espèces.

Enfin, les serpents sont également des alliés de choix pour nous débarrasser de nombreux rongeurs. Nous avons 3 espèces en Belgique : la vipère péliade, la couleuvre à collier et la coronelle lisse. Tous les trois consomment des rongeurs et particulièrement les vipères qui raffolent des campagnols. Pour les accueillir, offrez-leur des zones où ils peuvent profiter du soleil (murs en pierres sèches, tas de pierres, …) et d’autres où ils peuvent s’en prémunir (hautes herbes, haies, …). Si vous craignez les serpents, rassurez-vous, ils nous craignent plus que vous, et de ces trois espèces seule la vipère risque de vous mordre (et encore, il faut vraiment la chercher…).

Maintenant, soyons réaliste, en cas de pullulation des rats les alliés naturels ne seront pas seuls efficaces, d’autant plus que malgré notre bonne volonté pour les accueillir, tout le monde ne peut pas avoir la chance qu’ils fréquentent leur jardin… Il va donc falloir mettre en place d’autres stratégies supplémentaires.

Les déranger

Les rongeurs s’installent chez vous car ils s’y sentent comme des coqs en pâte, faites-en sortes que cela ne soit plus le cas.

Dès que vous constatez l’apparition d’une nouvelle galerie ou taupinière, rebouchez ou détruisez-la. Selon l’endroit où elle se situe, utilisez une fourche bêche pour la faire s’effondrer ou comblez-la avec la terre évacuée mais aussi des pierres, branches épineuses, bogues de datura, … bref, tout ce qui pourra gêner le foreur fou dans la reconstruction de sa galerie. Profitez-en pour récupérer la terre des taupinières pour vos semis et boutures, elle est excellente de par sa granulométrie toute fine, une vraie semoule idéale pour les frêles racines.

Dès l’apparition d’une nouvelle galerie, rebouchez-la.

Placez des répulsifs naturels aux endroits fréquentés et dans les galeries. Pour ce faire, vous pouvez utiliser des odeurs de prédateurs (poils de chats/chiens/humains « frais », litière de chat ou de furet usagée, urine, …) ou des plantes dont l’odeur les dérange (décoction ou purin de sureau noir, décoction d’ail, décoction de piment fort, feuilles de laurier, de sauge ou de menthe, …).

Dans le même ordre d’idée « olfactive » vous pouvez aussi installer dans votre jardin des plantes répulsives : la menthe (souris et rats), les euphorbes particulièrement l’euphorbe épurge (rongeurs et taupes), l’absinthe (souris), l’incarvillea (rongeurs), les jacinthes (rongeurs), la couronne impériale (rongeurs surtout mulots), la rue, les fritillaires, …

Vous pouvez aussi enfumer les galeries avec un petit fagot de pailles et petits bout de bois enduit d’un peu d’huile de friteuse usagée, mais attention au risque d’incendie.

Faites du bruit, les campagnols détestent ça. Vous pouvez éventuellement inviter chez vous une troupe de scouts ou une équipe de rugbyman pour une quinzaine de jours, mais je vous suggère tout de même de procéder autrement tout en faisant un peu de recyclage… Plantez des tiges en fer tout au long des galeries avec une bouteille retournée dessus, les ondes sonores provoquées par les cognements de la bouteille contre la tige métallique ont le don de déranger les rongeurs. Vous pouvez aussi les assourdir en plaçant à chaque entrée de galerie une bouteille en plastique dont le fond a été découpé, le vent s’engouffrera dans les galeries via les bouteilles et offrira un concerto en RE-pulsif aux rongeurs y habitant.
Il existe aussi des appareils à ultrasons pour faire fuir les rongeurs. Ils sont inaudibles pour l’homme (et encore, cela dépend de la sensibilité de chacun, personnellement je les entends très bien et je comprends à quel point c’est insupportable) mais risquent de déranger également les autres animaux (particulièrement les chiens et les chats). De plus, les rongeurs se rendent vite compte que ce n’est pas un danger et s’y habituent.

Pour que ces méthodes fonctionnent, il vous faudra être plus persévérants que les rongeurs, les déranger au quotidien et intervenir dès l’apparition de nouvelles galeries ou autres traces de leur retour.
N’hésitez pas également à alterner les sources de nuisances pour ne pas voir la vermine s’habituer à un dérangement trop répétitif (odeur répulsive toujours identique, bruit devenu coutumier, …).

Christopher, rat domestique, prend la pause dans la menthe pour nous rappeler qu’une seule méthode ne suffit pas pour le décourager…

Pour l’anecdote,  il existe aussi d’autres solutions plus originales pour vous prémunir de leur présence comme mulcher avec de la laine de mouton (cela fonctionne chez certains, chez d’autres cela sert de nid) ou créer un mur de protection de nos cultures avec une plante appétissante et très prolifique comme le topinambour (sans oublier que cela reste une plante invasive, donc ok dans des bacs de culture mais en aucun cas en bord d’eau courante).

Le piégeage

Le piégeage est une solution rapide et efficace, mais qui a des inconvénients majeurs.

Soit vous optez pour des pièges à cages non létaux, mais il vous faudra alors allez régulièrement relâcher vos prises à plusieurs kilomètres de chez vous pour une réelle efficacité.

Soit vous optez pour un piège létal comme le traditionnel piège à ressort au risque d’attraper autre chose que l’indésirable visé comme vos doigts, la patte de votre chat ou un oiseau attiré par l’appât (j’ai déjà malheureusement attrapée une mésange bleue avec un piège à ressort garni de beurre de cacahuète que je pensais sécurisé bien recouvert d’une caisse en bois, la gourmande a du faire du ramping pour y accéder mais cela ne l’en a pas empêché. Depuis cette mésaventure, les pièges sont confinés au domicile). De surcroît ce type de piège ne fonctionne que sur les souris et les rats ; et ces derniers sont super intelligents et ont vite fait de comprendre l’astuce pour décrocher l’appât sans déclencher le piège ou alors finissent par l’ignorer purement et simplement, quel que soit l’appât que vous placez. Sachez également qu’il existe dans le commerce différents exemplaires de pièges anti-rongeurs « sécurisés », mais la sécurité apportée reste assez aléatoire selon le modèle, ainsi que différents pièges meurtriers, du plus high-tech (pièges électriques) au plus cruels (pièges à glue). Quel que soit le modèle choisi, il vous permettra peut-être d’attraper quelques spécimens mais jamais de venir à bout d’une colonie nombreuse, c’est aussi illusoire que d’écoper la fuite de la coque d’un bateau avec une cuillère percée…

Ce type de pièges peut être meurtrier pour les oiseaux, à n’utiliser qu’à l’intérieur des bâtiments.

La mort aux rats pourrait être une solution qui vous fait de l’œil… mais je vous la déconseille fortement. Les produits que l’on trouve dans le commerce ou que certaines communes nous offre gracieusement en cas d’invasion sont moins dosés que ceux utilisés par les professionnels. Du coup, les rats doivent en consommer beaucoup et plusieurs jours d’affilés pour que ce soit réellement efficace (en moyenne une fois sur cinq seulement). Outre le fait que vous risquez d’empoisonner un autre animal ou enfant (oh ! le joli bonbon bleu !) en ne disposant pas judicieusement les dosettes de poison, vous risquez de créer une tolérance au sein de la population qui vous envahi. Si vous êtes vraiment dépassé, appelez un professionnel.

Le dératiseur

Il faut savoir l’admettre quand on est dépassé par la situation et ce fut le cas pour votre humble narratrice.
Certaines années et malgré toutes les stratégies mises en place, il arrive que l’on soit confronté à une pullulation rapide des rongeurs indésirables. Cela peut être dû à un hiver particulièrement doux, une négligence (comme un sac de grains éventré laissé accessible durant tout l’hiver), un chamboulement qui a obligé une colonie pas si lointaine à déménager chez vous (comme la construction de maison sur une ancienne prairie), un pic de population naturel, … Pour ma part, j’ai été envahie de rats bruns suite aux inondations de juillet 2021 ; nous nous sommes retrouvés quasiment sur une île et tous les rats du fond de vallée sont remontés sur les hauteurs du village. Bref, les raisons peuvent être nombreuses et il ne faut pas culpabiliser, ça arrive à tout le monde.

Dans ce cas, on fait appel à un bon dératiseur (par bon j’entends efficace, mais aussi respectueux et à l’écoute) et on corrige immédiatement les erreurs que l’on a éventuellement commises. Alors oui, un tel service à son prix, mais aux grands maux les grands remèdes et quand on connait les risques sanitaires liés aux rongeurs, on ne badine pas.

Les risques sanitaires

Les rongeurs présents dans nos jardins peuvent être vecteurs de maladies pour nous et nos animaux de compagnie, c’est bon à savoir pour mieux s’en prémunir :
Les rats et les souris peuvent nous transmettre des joyeusetés comme la salmonellose (intoxication alimentaire), la leptospirose (maladie de weil), la fièvre aphteuse, le typhus murin, etc …,
les campagnols des champs sont également porteurs de la salmonellose et de la leptospirose et leurs nombreuses galeries sont un risque pour le bétail qui peut s’y briser les pattes,
Les campagnols terrestre ne nous transmettent pas de maladies mais leurs galeries sont très dangereuses pour le bétail.
Le mignon mulot sylvestre peut quant à lui nous transmettre la salmonellose, le rat musqué et le ragondin la leptospirose, ….

Il est donc vivement conseillé de porter des gants lorsque l’on travaille près des zones où ces rongeurs sont présents (ou de correctement se laver les mains juste après) ou que l’on manipule des objets avec lesquelles ils auraient pu être en contact (comme les bassines d’eau qui sont très appréciées par les rats).
On ne consomme jamais de la nourriture qui a été souillée par leur présence ni les légumes qu’ils ont grignotés au potager.

Ce cyclanthère grignoté est souillé et juste bon à composter.

Le mot de la fin

Les rongeurs font partie de notre écosystème et même si la présence de certains nous déplait ne perdons pas à l’esprit que leurs pullulations sont en grande partie dues à notre manque de respect de ce même écosystème…

De plus, quand on sait prendre le recul nécessaire, on constate que leur invasion n’est pas toujours uniquement une source de désagréments. Mon terrain n’a jamais été aussi bien drainé qu’après une invasion de rats taupiers ! Et pour vous rassurer, si j’ai bien dû faire appel à un dératiseur pour gérer une invasion exceptionnelle de rats, la colonie de campagnols terrestres qui a perforé mon jardin 5 ans plus tôt n’a pas insistée quand j’ai planté des branches de sureau sur leur parcours ; cette année-là mes semis ont profité d’une excellente terre de taupinières, mon terrain a enfin été correctement drainé (fini l’énorme flaque d’eau de fin d’hiver) et j’ai récolté plusieurs jeunes sureaux qui avaient vaillamment repris lors de ce bouturage de fortune ! Une belle illustration du principe de permaculture « le problème EST la solution » vous ne trouvez pas ?

On ne peut pas le nier, accueillir la Nature dans votre jardin vous jouera parfois des vilains tours comme la disparition des œufs de poules de leurs nids et à leur réapparition dans le sol du potager suite la facétie des rats, mais ces désagréments restes rares quand on prend les bonnes mesures et ne doivent pas vous empêcher de profiter de toutes les merveilles que la Nature a à nous offrir comme le spectacle troooop miiiignooooooooonnnnnn d’un couple de mulots sylvestres qui prend ces quartiers d’hiver dans le nichoir vide de la pergola et qui fait ses réserves de mûres dans la mangeoire.

Mulot sylvestre et sa provision de mûres.

Je voudrais conclure cet article par une petite pensée spéciale pour Skyppy, Bach, Pastis, Ganja, Akasha et Niobée, les rats domestiques qui ont été mes adorables et futés compagnons pendant mes années de kots. Merci pour ces années de bonheur les poilus…

Votre coach,
Harmony

PS1 : Merci à coppélia, Carine et David pour leurs photos !

PS : Si vous souhaitez en apprendre plus en ma compagnie sur les habitants du jardin ou le jardinage au naturel, n’hésitez pas à aller consulter les différents ateliers que je propose à Marneffe (entre Liège et Namur).


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