Mes tomates ne mûrissent pas, que faire ?


Comme chaque année, votre regard inquiet s’attarde sur vos plants de tomates recouverts de beaux fruits qui restent désespérément verts alors que la fin de saison approche … comme vous n’aimez pas le gaspillage, il est normal de vous demander que faire de toutes ces tomates ? Sont-elles condamnées à garder leur parure verte ? Faut-il réellement se mettre tout nu devant elles pour les faire rougir ?

Pour commencer, coupons cours aux légendes potagères véhiculées par Bébert du style « il faut que la tomate soit exposée à la lumière pour mûrir, donc il faut couper les feuilles des plantes ! ».  Certains appliquent même de manière extrême ce type de conseils en ôtant toutes les feuilles des plants, ne laissant que des grappes de fruits suspendus… Est-ce bien judicieux ?

Pour rappel, les feuilles de la plante sont là pour une bonne raison, pour plusieurs en fait. Grâce à leur transpiration, les feuilles permettent à la sève de circuler et donc aux plantes de s’alimenter en éléments nutritifs, et elles sont le siège de la photosynthèse, vous savez, le processus qui permet aux plantes de fabriquer des glucides… Comment voulez-vous que la plante, si vous lui ôtez ces feuilles, puisse encore produire des fruits ? Et si les tomates restantes finissent par mûrir, ce n’est pas parce qu’elles ont été caressées par les rayons du soleil… Ce sont les feuilles qui ont besoin de soleil, pas les tomates !

La méthode Bébert? Couper les feuilles pour faire rougir les tomates. Ou pas…

En fait, ce dont à besoin une tomate pour mûrir, c’est de chaleur. Là Bébert va vous dire que justement, il retire les feuilles pour que la tomate soit exposée à la chaleur du soleil… Bon, ok, mais est-ce une raison pour aller martyriser nos pauvres plants de tomates ?
Les tomates font parties des fruits dit « climactériques », c’est-à-dire qui continuent à mûrir une fois cueillis.  Donc, quand on arrive en fin de saison et qu’il ne fait plus suffisamment chaud pour que les tomates mûrissent en extérieur, on va les récolter dès qu’elles ont la bonne taille et les rentrer au chaud. Les tomates restantes vont ainsi recevoir plus d’énergie de la part de la plante et vont pouvoir continuer à grossir encore un peu durant l’arrière saison. On veillera bien sûr à récolter les dernières tomates avant les premières gelées car sinon elles ne seront plus utilisables.

Ces 2 tomates vont mûrir tranquillement au chaud tandis que leurs petites sœurs vont continuer à grossir sur le plant dehors…

Une fois au chaud à l’intérieur, les tomates vont continuer tranquillement à mûrir mais on peut les aider encore un peu.
La chaleur permet à la tomate de mûrir, mais elle n’est pas la seule responsable ;  elle est aidée par un gaz naturellement produit par la tomate : l’éthylène. Du coup, le fait de les emballer dans du papier journal permet aux tomates de respirer tout en confinant autour d’elles ce fameux éthylène et donc de mûrir plus vite.

Pour aller plus vite, on les emballe dans du papier journal, l’éthylène est ainsi gardé à proximité…

Les fruits climactériques produisent tous de l’éthylène, mais certains plus que d’autres ; ce qui est le cas pour les pommes et les bananes. Du coup leur proximité accélère le mûrissement des fruits climactériques ou la dégradation des autres fruits (ramollissement, pourriture,…). C’est notamment pour cela qu’il est préférable de séparer pommes et bananes des autres fruits du panier au risque de les voir rapidement devenir blets. Par contre, on peut utiliser cela à notre avantage pour les tomates récalcitrantes à rougir. Pour ce faire, on va simplement étaler les tomates dans une caissette en bois ou en carton fermée avec quelques pommes et bananes. Avec cette méthode vous obtiendrez des tomates mûres en quelques jours alors qu’il faudra plutôt quelques semaines si elles sot simplement emballées dans du papier journal et encore plus de temps si elles sont juste rentrées au chaud.

Plus qu’à recouvrir avec du papier journal 😉

Quelque soit la méthode choisie pour donner de la couleur à nos tomates, on va les surveiller tous les jours pour retirer celles qui commencent à s’abimer (moisissure, mildiou,…) pour éviter qu’elles ne contaminent les autres. On va aussi éviter d’entasser ses tomates, on ne les superpose pas en couches et on les laisse « respirer » au risque d’augmenter les contaminations.

Plutôt que de les faire mûrir, on conseille aussi souvent de préparer les tomates vertes en confiture, chutney ou encore en ketchup.
Une fois encore un petit rappel s’impose : les tomates immatures contiennent de la solanine et la solanine est un alcaloïde au goût amer et toxique.
En fait, la solanine est présente dans les feuilles, les fruits et les tubercules de toutes les solanacées, d’où son nom, et dans cette famille on retrouve notamment la pomme de terre, la tomate, l’aubergine et la belladone
La solanine est inoffensive pour l’homme si on la consomme à faible dose, mais à partir de 25 mg ingéré on ressent les premiers signes d’intoxication (nausée, vomissement, maux de tête, problème de digestion) et  on peut atteindre une dose létale avec 400 mg.

Heureusement pour les consommateurs de tomates, aubergines et pommes de terre que nous sommes, la solanine disparait lorsque les fruits mûrissent (tomates et aubergines) ou que les tubercules ne sont pas exposés à la lumière (pommes de terre). On ne craint donc rien lorsque l’on consomme des tomates et aubergines mûres ou des tubercules de pommes de terre qui ne sont pas verts.
Il en va autrement si on décide de manger ses tomates immatures.  Si vous croquez dedans crue, vous serez vite découragé d’aller plus loin tant le goût amer est infect. Mais en les cuisinant, le goût devient tout autre et séduit beaucoup de palais. Or, contrairement aux idées reçues, la cuisson ne dégrade pas la solanine, à moins de cuire ses tomates à plus de 243°C….
On compte en moyenne 30 mg de solanine pour 100 gr de tomate immature, une tomate verte de 80 gr contient déjà à elle seule une dose suffisante de solanine pour nous rendre malade…  Vous voilà donc prévenus, la confiture de tomates vertes ok, mais en petite quantité (et pas pour les enfants !), c’est la dose qui fait le poison, il ne faut donc pas en abuser.
Et si jusqu’ici vous vous demandiez pourquoi vous digériez mal la confiture de tomates vertes, vous avez maintenant votre réponse.

Précision : lorsque je parle ici de tomates vertes, je parle bien sûr de tomates non mûres, les tomates de variétés vertes sont tout à fait consommables lorsqu’elles sont bien mûres, au même titre que les autres variétés.

Enfin, une dernière façon d’utiliser ces tomates vertes, c’est tout simplement de laisser une part pour la nature en laissant le tout sur place. Plutôt que de les arracher pour le « nettoyage automnale », laissez les plants de tomates se décomposer sur place avec leurs dernières tomates vertes, celles-ci feront le bonheur d’invités plus tolérants que nous à cette solanine. Sélectionnez les plus belles pour les faire mûrir en intérieur, laissez les autres aux occupants du jardin pour l’hiver 😉

Ce plant de tomate va passer l’hiver tel quel… jardiner avec la nature, c’est aussi partager 😉

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